Prier comme un enfant en disant « Abba », « Papa »

Le chrétien qui a « connu Jésus et écouté sa prédication », affirme le pape François, « ne considère plus Dieu comme un tyran à craindre, il n’a plus peur de lui mais il sent éclore en son cœur la confiance en lui : il peut parler avec le Créateur en l’appelant « Père ». Et le pape imagine un dialogue entre la créature et son Créateur : « Est-il possible que toi, o Dieu, tu ne connaisses que l’amour ? Tu ne connais pas la haine ? Non, répondrait Dieu, je ne connais que l’amour. Où est en toi la vengeance, l’exigence de la justice, la colère à cause de ton honneur blessé ? Et Dieu répondrait : Je ne connais que l’amour ».

Le pape François s’est arrêté sur « le premier mot » du Notre Père, dans lequel « nous trouvons tout de suite la nouveauté radicale de la prière chrétienne ».

Évoquant l’emploi par saint Paul du terme araméen « Abba », le pape explique que « dire “Abba” est quelque chose de beaucoup plus intime et plus émouvant que d’appeler simplement Dieu “Père”. Voilà pourquoi il a été parfois proposé de traduire ce mot araméen originel “Abba” par “Papa” ». Nous sommes invités, poursuit-il, « à avoir avec Dieu la même relation que celle d’un enfant avec son papa », un enfant « complètement enveloppé par l’étreinte d’un père qui éprouve pour lui une infinie tendresse ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

En poursuivant les catéchèses sur le Notre Père, nous partons aujourd’hui de l’observation selon laquelle, dans le Nouveau Testament, la prière semble vouloir arriver à l’essentiel, jusqu’à se concentrer en un seul mot : Abba, Père.

Nous avons entendu ce qu’écrit saint Paul dans la Lettre aux Romains : « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions“Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » (8,15). Et aux Galates, l’apôtre dit : « Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie “Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » (Ga 4,6). La même invocation, dans laquelle se condense toute la nouveauté de l’Évangile, revient deux fois. Après avoir connu Jésus et écouté sa prédication, le chrétien ne considère plus Dieu comme un tyran à craindre, il n’a plus peur de lui mais il sent éclore en son cœur la confiance en lui : il peut parler avec le Créateur en l’appelant « Père ». L’expression est tellement importante pour les chrétiens qu’elle a souvent été conservée intacte dans sa forme originelle : « Abba ».

Dans le Nouveau Testament, il est rare que les expressions araméennes ne soient pas traduites en grec. Nous devons imaginer que la voix de Jésus lui-même est restée comme « enregistrée » dans ces mots araméens : ils ont respecté l’idiome de Jésus. Dans le premier mot du Notre Père, nous trouvons tout de suite la nouveauté radicale de la prière chrétienne.

Il ne s’agit pas seulement d’utiliser un symbole – dans ce cas, la figure du père – à lier au mystère de Dieu ; il s’agit en fait d’avoir, pour ainsi dire, tout le monde de Jésus transvasé dans notre cœur. Si nous effectuons cette opération, nous pouvons prier en vérité le Notre Père. Dire « Abba » est quelque chose de beaucoup plus intime et plus émouvant que d’appeler simplement Dieu « Père ». Voilà pourquoi il a été parfois proposé de traduire ce mot araméen originel « Abba » par « Papa ». Au lieu de dire « Notre Père », dire « Papa ». Nous continuons de dire « Notre Père » mais, avec le cœur, nous sommes invités à dire « Papa », à avoir avec Dieu la même relation que celle d’un enfant avec son papa, qui dit « Papa ». En effet, ces expressions évoquent l’affection, elles évoquent la chaleur, quelque chose qui nous projette dans le contexte de l’âge de l’enfance : l’image d’un enfant complètement enveloppé par l’étreinte d’un père qui éprouve pour lui une infinie tendresse. Et c’est pourquoi, chers frères et sœurs, pour bien prier, il faut arriver à avoir un cœur d’enfant. Pas un cœur suffisant : on ne peut pas bien prier comme cela. Comme un enfant dans les bras de son père, de son papa.

Mais ce sont certainement les Évangiles qui nous introduisent le mieux au sens de ce mot. Que signifie ce mot pour Jésus ? Le Notre Père prend un sens et une couleur si nous apprenons à le prier après avoir lu, par exemple, la parabole du père miséricordieux, au chapitre 15 de Luc (cf. Lc 15,11-32). Imaginons cette prière prononcée par le fils prodigue, après qu’il a fait l’expérience de l’étreinte de son père qui l’avait longtemps attendu, un père qui ne se souvient pas des paroles offensives qu’il lui avait adressées, un père qui maintenant lui fait simplement comprendre combien il lui a manqué. Nous découvrons alors comment ces paroles prennent vie, prennent force. Et nous nous demandons : est-il possible que toi, o Dieu, tu ne connaisses que l’amour ? Tu ne connais pas la haine ? Non, répondrait Dieu, je ne connais que l’amour. Où est en toi la vengeance, l’exigence de la justice, la colère à cause de ton honneur blessé ? Et Dieu répondrait : Je ne connais que l’amour.

Le père de cette parabole a dans sa façon de faire quelque chose qui rappelle beaucoup l’esprit d’une mère. Ce sont surtout les mères qui excusent leurs enfants, qui les couvrent, qui ne cessent d’éprouver de l’empathie pour eux, qui continuent de les aimer, même si ceux-ci ne méritaient plus rien.

Il suffit d’évoquer cette seule expression – Abba – pour que se développe une prière chrétienne. Et dans ses lettres, saint Paul suit cette voie et il ne pourrait pas en être autrement parce que c’est la voie enseignée par Jésus : dans cette invocation, il y a une force qui attire tout le reste de la prière.

Dieu te cherche, même si tu ne le cherches pas. Dieu t’aime, même si tu l’as oublié. Dieu voit en toi une beauté, même si tu penses que tu as inutilement gaspillé tous tes talents. Dieu est non seulement un père, il est comme une mère qui ne cesse jamais d’aimer sa créature. D’autre part, il y a une « gestation » qui dure toujours, bien au-delà des neuf mois de la gestation physique ; c’est une gestation qui génère un circuit infini d’amour.

Pour un chrétien, prier c’est dire simplement : « Abba », dire « Papa », dire « Père », mais avec la confiance d’un enfant.

Il se peut qu’il nous arrive aussi de marcher sur des sentiers loin de Dieu, comme c’est arrivé au fils prodigue ; ou de plonger dans une solitude qui nous fait nous sentir abandonnés dans le monde ; ou encore de nous tromper et d’être paralysés par un sentiment de culpabilité. Dans ce moments difficiles, nous pouvons encore trouver la force de prier, en repartant de ce mot « Père », mais dit avec la signification tendre d’un enfant : « Abba », « Papa ». Il ne nous cachera pas son visage. Souvenez-vous bien : peut-être quelqu’un a-t-il dans son cœur des choses mauvaises, des choses qu’il ne sait pas comment résoudre, beaucoup d’amertume d’avoir fait ceci et cela… Lui, il ne cachera pas son visage. Il ne s’enfermera pas dans le silence. Toi, dis-lui : « Père » et il te répondra. Tu as un père. « – Oui, mais je suis un délinquant… – Mais tu as un père qui t’aime ! Dis-lui : “Père”, commence à prier ainsi et, dans le silence, il nous dira qu’il ne nous a jamais perdus de vue. – Mais Père, j’ai fait ceci… – Jamais je ne t’ai perdu de vue, j’ai tout vu. Mais je suis resté là, près de toi, fidèle à mon amour pour toi ». Voilà quelle sera la réponse. N’oubliez jamais de dire « Père ». Merci.